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17 mars 2026

[Sujet de fond] Hydrogène natif vers une année 2026 décisive ?

Charles Aubourg

Après les congrès internationaux H-NAT (décembre 2025) et Hyvolution (janvier 2026), deux rendez-vous majeurs du monde de l’hydrogène, nous nous arrêtons un moment pour faire le point avec Charles Aubourg (Professeur d’Université à l’UPPA). Il travaille depuis plusieurs années sur les questions d’hydrogène naturel et a bien voulu nous parler de ce sujet qui fait couler beaucoup d’encre.

Ce vecteur, propice à la transition énergétique, suscite en effet beaucoup d’espoirs et le domaine scientifique qui s’y intéresse est particulièrement dynamique. L’hydrogène naturel semble promis à un bel avenir mais à un moment où les solutions de la transition énergétique sont chahutées par la politique américaine un tour de la question s’avère nécessaire.

Un contexte mouvant

Animé d’une forte dynamique depuis plusieurs années le retour vers « l’oil and gaz » impulsé par le second mandat de Donald Trump, combiné à l’absence d’une découverte d’ampleur pourrait fragiliser le secteur de l’hydrogène. Les forages en cours aux USA, Australie, mais aussi en France, ne communiquent que très partiellement leurs résultats, entretenant le flou et pas mal d’expectatives.

Pourtant, si l’on prend du recul, on constate la grande vitalité de la recherche autour de l’H2 natif avec la multiplication des zones de prospection à travers le monde et la naissance de nombreuses start-ups dans le domaine. Mais, comme le précisait récemment Christophe Hecker dans l’Usine Nouvelle (27 01 2026), « … ce qu’il manque, c’est une grande découverte ».

Partout dans le monde

La recherche d’H2 naturel reste ainsi en plein développement. En plus des zones déjà évoquées, à la Réunion, à Taïwan, dans les Dinarides ou à Chypre, on cherche ce gaz qui pourrait bien être l’un des principaux vecteurs énergétiques de demain. En Lorraine, c’est le projet Regalor II qui détecte de l’H2 dissout dans l’eau, on en cherche aussi dans le Craton… Il y a même, en Oman, une expérience très réussie d’hydrogène stimulée qui est en cours avec le projet Rock Hydrogen. L’année 2026 pourrait donc bien être celle d’une découverte majeure, mais rien ne permet de le dire avec certitude, les chercheurs qui avancent sur le domaine étant eux-mêmes partagés sur la pérennité du piégeage de ce gaz dans des réservoirs géologiques.

Un champ de recherche scientifique particulièrement dynamique

Ce qui est certain c’est l’intense activité scientifique sur le domaine. Des chimistes, des physiciens, des géologues travaillent sur cette question. Beaucoup de questions demeurent pendantes : y-a-t’il des réservoirs importants ? les couches de sel pourraient-elles masquer l’estimation de tels réservoirs, en les rendant « invisibles » ? le processus de génération d’H2 naturel est-il massif ? ce gaz est-il le fruit du manteau ou de la matière organique en profondeur ?

« Je crois beaucoup à la possibilité de réservoirs sous la couche de sel, en profondeur. Parce que le sel, qui masque vraiment très bien les structures géologiques, est aussi une couche particulièrement imperméable. » Charles Aubourg

Ces questions et d’autres encore animent la communauté scientifique et sont à la source de nombreux travaux. Il y a là, matière à désaccords, mais la science avance chaque jour, parfois mise sous pression, dans un domaine très scruté.

Figure illustrant des mesures d’H2 et de CO2 réalisées dans la Commune de Rébénacq, à la demande du Maire (A. Sans). Publication Aubourg et al., (soumis).

Et dans les Pyrénées…

Les Pyrénées sont des terrains très actifs pour l’H2 naturel et le contexte géologique qu’elles recouvrent en font une zone où ce gaz peut être présent. C’est pourquoi cinq permis exclusifs de recherche y ont été sollicités et accordés à des acteurs comme Storengy, 45-8 et TBH2. Ces derniers travaillent actuellement à une cartographie des zones qui leur ont été attribuées.

La Région Nouvelle Aquitaine n’est pas en reste et elle a initié, en 2021, le projet H2NA dont le but est d’évaluer le potentiel en H2 naturel de la Nouvelle Aquitaine. Le volet d’identification des secteurs favorables étant terminé, le travail est à la caractérisation détaillée des secteurs choisis. Les conclusions de cette dernière phase devraient se trouver communiquées d’ici quelques mois.

Pour résumer ce qui vient d’être rapidement évoqué dans ces lignes, l’hydrogène naturel est bel est bien présent dans de nombreux points du globe dont la France. Beaucoup reste à faire pour en connaître la quantité, son origine et déterminer si l’on pourrait à moyen ou long terme en faire une ressource exploitable. Rien n’est donc figé et une bonne surprise est bel et bien possible dans les semaines ou les mois à venir.