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23 juin 2026

Les enseignements des mobilités scientifiques : rencontre avec Marie-Pierre Isaure

Mobilités scientifiques – Marie-Pierre Isaure – IPREM - UPPA – Northwestern University - biosenseurs - assimilation du mercure par des microorganismes

Marie-Pierre Isaure à l’institut technologique de la Northwestern University

En 2025 Marie-Pierre Isaure (enseignante-chercheuse au sein de l’IPREMUPPA / CNRS) a été en mobilité scientifique pour 7 mois à Northwestern University (Evanston, Illinois – États-Unis d’Amérique). 

Cette immersion, dans une université outre atlantique, présente de nombreux intérêts ; scientifiques et pédagogiques notamment. C’est un mouvement fructueux dans un parcours universitaire, du point de vue des idées comme des méthodes et des approches scientifiques. 

Une année après son retour elle revient sur cette mobilité, à laquelle le Carnot ISIFoR s’est associé, pour dégager les apports et les perspectives génériques de ce type de séjour.

[ISIFoR] De manière générale « qu’y a-t-il » dans les mobilités scientifiques ?

[Marie-Pierre Isaure] J’ai rencontré plusieurs volets dans les mobilités que j’ai pu faire : un volet recherche, un volet enseignement et un volet « prospectif ». 

Mobilités scientifiques – Marie-Pierre Isaure – IPREM - UPPA – Northwestern University - biosenseurs - assimilation du mercure par des microorganismes

Expérimentation avec des microorganismes exposés au mercure

Le volet recherche c’est souvent la motivation première d’une mobilité. À la faveur d’une rencontre scientifique, l’idée d’un travail en commun peut émerger. Se rencontrer pour mener à bien des travaux, préciser des points que l’on souhaite explorer prend alors tout son sens pour avancer au mieux sur ce projet de recherche. À Northwestern, lors de ma mobilité, nous avons travaillé avec le Pr J.F. Gaillard sur des biosenseurs afin de comprendre l’assimilation du mercure par des microorganismes. Ce travail se poursuit aujourd’hui et se prolonge avec des expériences synchrotron à l’ESRF. Ces mobilités donnent aussi l’occasion de suivre, en commun, des travaux de thèse, je collabore actuellement avec une étudiante à Northwestern et mon collègue a pu participer au jury d’une thèse de l’IPREM qui a été soutenue en décembre dernier à Pau.

Côté enseignement j’ai pu mettre en place un cours qui abordait les éléments critiques et les métaux dans l’environnement pour des masters et des étudiants en thèse de Northwestern, et présenter nos travaux lors de la série de séminaires du Département. Ce sont des expériences très enrichissantes car les échanges avec les étudiants aux États-Unis sont très différents de ce qu’ils peuvent être en France. Ces derniers, s’ils se destinent à la recherche, sont particulièrement impliqués dans la vie des laboratoires. Ils y sont très actifs par des stages, ils peuvent aussi donner des cours et sont très présents dans les séminaires.

Enfin, dernier aspect, c’est le côté « prospectif ». Les mobilités sont des moments durant lesquels on rencontre des chercheurs et cela peut conduire à de nouveaux projets. Il y a un effet « cercle vertueux » dans ces déplacements. C’est aussi un temps pour visiter des laboratoires, voir les dispositifs expérimentaux, les instruments dont ils sont équipés et qui pourraient donner lieu à des manips différentes de celles que l’on réalise à Pau.

Dispositif de mesure cryogénique sur la ligne DND-CAT à Advanced Photon Source

[ISIFoR] Pratiquement, que t’ont apporté les mobilités dans ton parcours de chercheuse 

[Marie-Pierre Isaure] Se déplacer dans le cadre d’un projet de recherche présente beaucoup d’avantages. On va plus vite sur le projet, c’est plus efficace dans la réalisation des expériences et mesures, on échange en direct sur des détails. Ce côté « humain » est vraiment important.

En plus de ce dialogue, de chercheur à chercheur, la dimension « Grands Instruments » est intéressante. Par exemple, le synchrotron Advanced Photon Source près de Chicago dispose de lignes de lumière en nano-imagerie et en spectroscopie qui nous ont permis de travailler sur les microorganismes étudiés à Northwestern University, et de tester de nouveaux dispositifs instrumentaux.

Les déplacements donnent aussi à voir des cultures, des approches scientifiques qui ne vont pas être totalement les mêmes que les nôtres. C’est enrichissant, cela déplace le regard, pose les choses un peu autrement. L’organisation de la recherche est également différente, en France on travaille plutôt par équipes de chercheurs et aux EUA il sont plus dans des structures tubulaires sous la houlette d’un PI (Principal Investigator). Tout cela ne donne pas la même coloration au travail.

Tous ces points, notamment les nouvelles approches qu’on est amené à considérer développent mon travail de chercheuse, c’est tout à fait bénéfique.