
Thomas Colin de Verdière
Pour ce nouveau portrait, le Carnot ISIFoR part à la rencontre de Thomas Colin de Verdière, expert technique chez Newheat1.
Du Conseil, au pilotage énergétique en passant par les côtes bretonnes, suivons-le dans un parcours riche et divers, guidé par la quête de sens et les valeurs que peut porter le travail.
Un parcours au sein duquel la recherche appliquée tient une place déterminante et où la recherche académique n’est pas loin.
[Carnot ISIFoR] Bonjour Thomas. Pour commencer, peux-tu nous raconter ce qui t’a conduit jusqu’à Newheat ? Ton parcours semble loin d’être linéaire
[Thomas Colin de Verdière] C’est vrai. Après Supélec et un passage à l’EPFL à Lausanne pour approfondir l’aspect technique et international de mes connaissances, j’ai commencé, comme beaucoup de mes camarades, dans le conseil (en transformation digitale). Mais après trois ans, j’ai senti que je ne me trouvais pas à ma place, je n’étais pas pleinement satisfait de ce que je faisais. J’avais besoin de savoir où j’allais et pourquoi je me levais chaque matin.
J’ai alors fait une pause d’un an et au cours de cette année je suis devenu moniteur de voile aux Glénans. Ce contact direct avec la mer et les éléments a été un déclic qui m’a éclairé sur mon désir de prendre part à la transition énergétique. Après cette période, j’ai développé pendant les mois de COVID un module pour la distribution de paniers bio. Je me trouvais plus au clair sur ce que je voulais, je pouvais alors commencer mes recherches et activer mon réseau. Pour faire court je souhaitais mettre mon expertise au service d’une entreprise dont l’activité avait le maximum d’impact pour limiter le dérèglement climatique. C’est comme cela que j’ai découvert Newheat.

Centrale solaire thermique NARBOSOL proche de Narbonne – ©Newheat
[Carnot ISIFoR] Justement, que cherches-tu aujourd’hui dans ton travail au quotidien ?
[Thomas Colin de Verdière] Ce qui me stimule, c’est de résoudre des problèmes comme on résout un casse-tête. Plus c’est complexe, moins il y a de méthodologie toute faite, réplicable, déjà automatisée, plus cela m’intéresse. Mais surtout, je cherche un engagement conforme à mes valeurs. Je veux que mon travail soit utile et utilisé pour la transition énergétique. C’est ce que j’ai trouvé chez Newheat qui propose des solutions de décarbonation nouvelles aux consommateurs de chaleur (industries, villes…).
[Carnot ISIFoR] Comment définirais-tu la R&D dans ton entreprise ?
[Thomas Colin de Verdière] Pour moi, la R&D ne doit pas rester enfermée dans un laboratoire avec des travaux purement académiques. Un tel modèle a sa logique mais ce n’est pas ce que je souhaite pour moi ni ce que je vis chez Newheat. Ce qui me passionne, c’est la recherche appliquée, cela permet d’utiliser des avancées issues du monde de la recherche et les déployer concrètement. Chez Newheat, j’ai trouvé un cadre où l’on peut engager des travaux de modélisation et les intégrer à nos outils opérationnels rapidement, cela me convient parfaitement.
[Carnot ISIFoR] Tu as réalisé une thèse CIFRE avec le laboratoire LaTEP de l’UPPA. Comment cette collaboration s’est-elle mise en place et comment s’est-elle déroulée ?

Schéma présent dans la thèse CIFRE réalisée par Thomas Colin de Verdière
[Thomas Colin de Verdière] Au départ, je ne cherchais pas spécifiquement à faire une thèse. C’est devenu le cadre de mon entrée chez Newheat car nous avions besoin de creuser des sujets techniques très pointus. Chez Newheat il y a toujours eu des liens très étroits avec la recherche académique et le souci de développer, jour après jour, des solutions nouvelles pour nos clients.
L’intérêt majeur de la thèse CIFRE, c’est qu’elle permet de « sanctuariser » du temps. Dans une petite entreprise, les experts techniques sont souvent des « pompiers », qui gèrent les urgences du quotidien. La thèse nous pousse à travailler trois ans sur un sujet stratégique sans être interrompus « trop longtemps » dans notre travail. Le partenariat avec le LaTEP a apporté une rigueur académique et une compréhension globale du système. Cela a permis d’explorer des pistes de pilotage avancé pour nos centrales.

Cuve de stockage permettant d’assurer plusieurs jours de production de chaleur au site industriel associé – Photo Newheat : IMAGESinAIR Productions
[Carnot ISIFoR] Aujourd’hui tu es expert technique pour Newheat, quelles sont tes perspectives pour demain dans ton entreprise ?
[Thomas Colin de Verdière] Les défis ne manquent pas ! Je travaille sur l’industrialisation des briques de pilotage développées pendant ma thèse. Je vais aussi encadrer une nouvelle thèse avec Mines Paris sur l’optimisation de la flexibilité des réseaux électriques via le stockage de chaleur, en intégrant de l’intelligence artificielle.
Enfin, un gros volet concerne la gestion des données que nous n’avons pour le moment pas développé autant que nous le souhaitons. Nous collectons des milliards de points de données sur nos centrales depuis des années. Mon rôle est de faire évoluer cette infrastructure pour mieux valoriser ces données, que ce soit pour optimiser nos systèmes ou pour proposer de nouveaux services aux industriels. L’idée est de réduire toujours plus notre consommation de fossiles par un pilotage intelligent.
- Newheat est une société qui développe, en France et à l’international, des solutions de production et stockage de chaleur renouvelable.
