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12 octobre 2026

Le brevet scientifique : pour être protégé et reconnu

Le témoignage de Valérie Chavagnac directrice de recherche CNRS (Géosciences Environnement Toulouse)

[ISIFoR] Quel est le sujet de votre brevet ?

Valérie Chavagnac

[Valérie Chavagnac] Je suis géologue et géochimiste de formation, depuis de nombreuses années je travaille sur les systèmes hydrothermaux des fonds marins. C’est un milieu passionnant mais peu accessible, car il nécessite des moyens techniques importants (bateau, engin sous-marin, équipe scientifique…) pour récupérer les échantillons nécessaires à mes recherches. Généralement de tels échantillonnages sont réalisés ponctuellement, d’une année sur l’autre, mais cette méthodologie n’est pas totalement satisfaisante.

Avec l’ingénieur Alain Castillo, nous avons eu l’idée de créer un dispositif que l’on place in situ, pour une année, qui est capable d’effectuer de l’échantillonnage de fluides hydrothermaux sans présence humaine de manière autonome et séquencé (1 échantillon/mois, soit 12 pour une année de déploiement). C’est cet outil, unique en son genre, qui a été breveté.

[ISIFoR] Comment avez-vous eu l’idée de breveter vos recherches ?

[Valérie Chavagnac] Le caractère inédit de cet instrument, le verrou qu’il fallait faire sauter avec une entreprise partenaire pour y parvenir, m’ont naturellement conduit à l’idée de breveter. Dès le début, en 2011, nous avons travaillé de concert sur le projet avec TOP Industrie, entreprise spécialisée dans la conception et fabrication de composants/instruments haute pression et haute température, dans la perspective de déposer ce brevet.

Le dispositif d’échantillonnage des fluides hydrothermaux in situ

Il s’agissait de protéger l’idée et sa réalisation et redonner à César ce qui est à César : d’une part pour le CNRS pour qui cela représente une valeur scientifique et une valeur marchande et d’autre part, pour TOP Industrie, qui m’accompagne sur mes projets depuis de longues années. Pour eux aussi c’est une forme d’investissement et cela leur permet d’aller sur des terrains et des environnements nouveaux.

[ISIFoR] Par rapport à votre travail que vous apporte ou que vous assure ce brevet ?

[Valérie Chavagnac] Il y a une dimension de protection juridique et commerciale et une dimension de reconnaissance du travail accompli.

Mener un projet compliqué jusqu’à son terme et apporter une réponse technique à une question scientifique c’est valorisant. Ceci vaut pour moi en tant que chercheuse mais aussi pour le partenaire industriel car cela accroit sa légitimité sur son secteur d’activité.

Pour finir il y a une reconnaissance des pairs. Lever un verrou apporte une forme de respect. Cela peut sembler étonnant mais la science est un monde où chacun représente sa structure, son laboratoire, alors quand il y a une avancée reconnue par le brevet cela visibilise et assoit le travail réalisé.

 

Crédit photo du dispositif in situ – HOV Nautile, IR* Flotte Océanographique Française