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19 mai 2026

Découverte d’une bactérie guerrière : capable de survivre en environnement hostile et de voyager dans des gazoducs

En cherchant à étudier la microbiologie des gazoducs un microorganisme inconnu fait son apparition

Graphical abstract de l’article publié en mars 2026. « Gas pipelines, highways for hydrogenotrophic spore-forming bacteria », ISME Communications (ref. complète en fin d’article).

À la faveur d’un financement du Carnot ISIFoR en 2014 (projet RASPOUTINE), Anthony Ranchou-Peyruse (enseignant-chercheur à l’UPPA en microbiologie), Magali Ranchou-Peyruse et Marion Guignard-Gaëtan ont créé un outil permettant de réaliser des échantillonnages de gaz afin d’étudier la microbiologie des gazoducs.

Cette platine, initialement imaginée pour travailler sur du biométhane, évite les contaminations lors des prélèvements qui rendent les échantillons généralement inutilisables. Elle a permis, il y a quelques mois, la découverte d’une bactérie inconnue, dotée de super pouvoirs. Elle peut en effet survivre dans les réseaux de gazoducs qui sillonnent nos pays, environnements qui sont particulièrement hostiles. À cette remarquable résistance, il faut également ajouter son « goût » pour le voyage, car si on l’a identifiée dans le sud-ouest de la France on la trouve également dans le Bassin Parisien et jusqu’en Italie.

D’où vient-elle ? des stockages de gaz ? des aquifères ? Partons à la découverte de cette bactérie qui se joue des distances et des frontières.

Une structure de survie pour se déplacer : l’endospore

Des cousines éloignées de cette bactérie inconnue avaient été identifiées dans des aquifères où l’on stocke du gaz. C’est à la faveur d’un prélèvement dans le réseau de gaz que les trois chercheurs l’ont découverte.

Pour survivre dans le réseau gazier, ce micro-organisme ne voyage pas sous sa forme active, qui ne supporterait pas les fortes fluctuations de pression, mais sous forme d’endospore. C’est cet état de dormance ultra-résistant qui lui permet de survivre.

Ce déplacement n’est pas sans fin et lorsque ces endospores trouvent un terrain favorable à leur développement elles vont germer. En tout cas c’est que l’on suppose car on retrouve les mêmes types de micro-organismes à des milliers de kilomètres. Uniquement détectés dans des environnements profonds, les questions soulevées sont donc multiples : est-ce que ces micro-organismes sont déjà présents dans de très nombreux endroits ? sont-elles venues d’un seul lieu…

Après analyse il est apparu que cette bactérie appartient à un nouveau genre ce qui en fait un objet d’étude particulièrement intéressant.

Un mode de vie spartiate

Ce micro-organisme est le champion de l’économie. Il vit dans des milieux dits « hyper-oligotrophes », c’est-à-dire extrêmement pauvres en nutriments. Là où d’autres ont besoin de molécules organiques et d’oxygène, notre bactérie se contente du strict minimum :

  • Source d’azote : avec le diazote
  • Source de carbone : avec du dioxyde de carbone
  • Source d’énergie : avec de l’hydrogène

Autre preuve de sa robustesse, elle est capable de résister à la désulfuration qui est appliqué aux gaz et même au triéthylène glycol (TEG), un produit chimique utilisé pour déshumidifier le gaz, traitement souvent fatal à beaucoup de ses congénères.

Anthony Ranchou-Peyruse

Une citoyenne du monde souterrain

Cette découverte lève le voile sur un réseau de transport planétaire insoupçonné. On a retrouvé des traces de cet organisme dans le bassin parisien, dans des réservoirs en Italie. Anthony Ranchou-Peyruse : « Ces endospores voyagent, et elles peuvent circuler dans le réseau gazier européen, qui est extrêmement interconnecté. ».

Comment des organismes vivant à plusieurs centaines de mètres de profondeur peuvent-ils se retrouver aux quatre coins de l’Europe ? L’hypothèse est fascinante : ces micro-organismes pourraient être des passagers clandestins de l’infrastructure humaine, colonisant chaque nouvel écosystème favorable au gré des flux de gaz. C’est la preuve que, même dans l’obscurité pressurisée des canalisations d’acier, la vie trouve un chemin pour se développer. Anthony Ranchou-Peyruse : « L’exemple de ce microorganisme est fascinant il montre vraiment quel peut être la puissance de la vie. ».

Alors d’où vient-elle : aquifères, stockage, Europe, Asie ? c’est l’éternelle question de « l’œuf ou la poule » et pour le moment nous n’avons pas de certitudes hormis le fait qu’elle se déplace.

« Gas pipelines, highways for hydrogenotrophic spore-forming bacteria Open Access », Magali Ranchou-Peyruse ,  Marion Guignard ,  Guilhem Caumette ,  Pierre Chiquet , Pierre Cézac, Anthony Ranchou-Peyruse, ISME Communications, Volume 6, Issue 1, January 2026, ycag006, https://doi.org/10.1093/ismeco/ycag006