
Laurent Pécastaing
Par une splendide matinée d’automne, nous nous rendons au SIAME (sur le site de Pau) où nous attend Laurent Pécastaing, son directeur depuis bientôt cinq ans. Ce rendez-vous tombe à point nommé, au moment où son mandat touche à sa fin, pour faire le tour des activités du labo, son histoire et se retourner vers ce qui a été réalisé avec les chercheuses et chercheurs qui le composent. Un moment tout indiqué car les équipes réfléchissent depuis quelques semaines aux prochaines orientations que pourrait emprunter leur laboratoire dans les années à venir.
Une rencontre éclairante sur la structuration du SIAME, ses deux sites, son implication dans la recherche partenariale et les bons résultats qu’il a engrangé ces dernières années.
[ISIFoR] À la tête du SIAME depuis bientôt 5 ans, peux-tu nous présenter votre laboratoire et ses quatre équipes ?
[Laurent Pécastaing] Tout d’abord le SIAME est un acronyme qui signifie laboratoire des Sciences pour l’Ingénieur Appliquées à la Mécanique et au génie Electrique. Il est issu du regroupement, en 2010, de 4 unités de l’UPPA qui avaient des thématiques liées aux sciences de l’ingénieur, un domaine qui peut être très vaste. Réunies il y a 15 ans, elles avaient notamment pour objectif de collaborer sur des sujets de recherche communs, ce qui n’était pas forcément évident compte tenu de leurs spécialisations respectives. Dans le même temps, il fallait veiller à conserver les spécificités et les forces de chaque entité qui présentaient des compétences uniques dans leurs domaines d’activités.
Les quatre équipes que l’on vient d’évoquer sont réparties sur deux sites : Anglet et Pau.
Sur Anglet, on trouve :
GS (Géomatériaux et Structures) groupe qui travaille sur le comportement des géomatériaux et structures sous sollicitations sévères. Il œuvre pour la transition énergétique et la maitrise des risques en génie civil.- IVS (Interaction Vagues et Structures), cette équipe se consacre à la modélisation numérique des vagues complémentée par une approche expérimentale de terrain ou en laboratoire. Elle aborde notamment des problématiques telles que les questions de submersion ou d’érosion des côtes.
À Pau, les équipes du SIAME sont les suivantes :
- EE (Ecoulements et Energétique) qui se concentre sur les échangeurs thermiques, les écoulements complexes, les transferts thermiques et énergétiques. Elle œuvre dans les domaines de la transition énergétique et de l’environnement.
- PHT (Procédés Haute Tension) cette équipe est localisée principalement sur Pau mais est aussi présente à Anglet. Elle travaille dans le champ des hautes puissances électriques pulsées et sur des domaines applicatifs comme la santé, l’environnement ou le secteur de la défense.
Au total, nous sommes environ 85 personnes ; 30 enseignants-chercheurs ou chercheurs, une vingtaine de post-doctorants, 25 doctorants, 5 ingénieurs contractuels et 4 personnels administratifs.
Nous sommes relativement faciles à identifier, tout en étant singuliers. Quand je dis facile à identifier, c’est pour le côté sciences de l’ingénieur, ça tout le monde sait ce de quoi il s’agit. Là où nous gagnons notre singularité, c’est dans les thématiques abordées par nos 4 équipes, elles sont tout à fait uniques. Pour citer quelques exemples : sur les vagues auxquelles s’intéresse IVS, il y a très peu de spécialistes dans ce domaine en France et en ce qui concerne les hautes puissances pulsées nous sommes les seuls à travailler sur ces aspects au niveau académique français. Le caractère unique du SIAME est tout à fait évident.
Pour résumer l’idée qui a présidé à la création du SIAME : nous devions former une unité apprenant à travailler ensemble sans perdre l’excellence de chacune de nos spécialités. Je pense que nous y sommes parvenus.
[ISIFoR] Quel est le bilan du travail que vous avez réalisé depuis 5 ans ?
[Laurent Pécastaing] Quand j’ai commencé mon mandat, nous avions décidé, avec l’équipe de direction et en accord avec toutes les équipes, d’accentuer et de favoriser nos interactions avec le tissu socio-économique afin de fortifier l’identité du SIAME. Pour cela, nous avons cherché à monter des collaborations partenariales pérennes dans le temps, comme les laboratoires communs et les chaires. Nous avons pu proposer des projets collaboratifs à nos partenaires du monde académique et du monde socio-économique et prendre ainsi pleinement place dans le dispositif E2S. Notre ambition consistait également à accroitre notre reconnaissance internationale en mettant en avant les thématiques sur lesquelles nous sommes clairement identifiés et positionnés.
Je crois que l’on peut dire que le SIAME a une vocation partenariale, son côté « ingénierie » l’y mène naturellement. Notre laboratoire est également bien ancré au sein de son territoire, il s’y implique avec les acteurs publics et les industriels.
Sur ces bases solides, nous avons eu de bons résultats, on a réussi à attirer de très bons chercheurs nationaux ou internationaux que l’on est parvenu à titulariser. Côté recherche partenariale, cela a bien fonctionné et nous a permis d’asseoir notre notoriété, d’affermir nos points forts en créant des infrastructures partenariales (6 chaires et 3 laboratoires communs).
Si l’on veut faire un rapide tour des résultats, on constatera qu’entre 2020 et 2025, nous avons été lauréats de 9 projets nationaux de type ANR ou PEPR (nous en coordonnons 5) et de 12 projets européens ou internationaux.
[ISIFoR] Quelles relations le SIAME entretien-t-il avec le monde socio-économique ?
[Laurent Pécastaing] Notre laboratoire a des activités qui se prêtent très bien à la collaboration avec le tissu socio-économique, car nous sommes en recherche de solutions pour la société.
Au sein du SIAME, deux équipes avaient déjà des contacts industriels forts. En ce qui concerne les deux autres, elles ont connu une montée en puissance sur le volet partenariat. Pour résumer, on a conservé les partenaires historiques et de nouvelles collaborations ont pris naissance. C’est un bon bilan à mon sens.
Dans le travail de recherche partenariale, c’est en général le premier projet qui conditionne la suite. Une recherche fructueuse peut enclencher de nouveaux travaux communs. Mais pour avoir ce premier projet, il faut se faire connaître, et là, cela se joue dans les congrès de nos domaines ou avec les anciens étudiants travaillant maintenant dans le secteur privé par exemple. C’est souvent comme cela que cela marche.
Un de nos partenaires historiques, c’est le CEA. Cela fait plus de 20 ans que l’on travaille ensemble. Mon tout premier doctorant a été embauché par le CEA, cela crée des liens et de telles situations facilitent les contacts, le travail en commun. Ensuite, il y a le cadre. Les dispositifs comme les labcoms ou les chaires sont bien adaptés au travail de recherche avec des partenaires, cela pérennise les relations, permet d’avancer plus vite et en toute confiance.
[ISIFoR] Quel est ton parcours ?
[Laurent Pécastaing] Je suis basco-landais. J’ai fait mon lycée à Bayonne où j’ai obtenu mon bac. À ce moment-là, ma question c’était : où partir faire des études supérieures, à Pau ou à Bordeaux ?
J’ai choisi Pau et ensuite tout s’est enchainé simplement. Cinq premières années d’études ponctuées par une expérience qui a été très importante pour moi : un stage au sein du LGE (ancien nom de l’équipe PHT). Ce stage a été un moment-clef, il m’a donné envie de travailler dans les hautes tensions et depuis je m’y trouve bien. Avec l’obtention d’une bourse, j’ai pu faire une thèse dans ce domaine, toujours à Pau, et j’ai continué dans cette voie. C’était un moment où j’aurais pu passer dans le privé à Paris, j’avais des propositions en ce sens, mais la recherche académique me plaisait davantage. Un poste d’ATER puis celui de maître de conférences, toujours à Pau, voilà comment s’est construit mon parcours. Cela peut sembler tracé d’avance, simple, mais il n’en a rien été. Avoir trouvé la discipline qui me passionnait dans un bon cadre d’étude a été une grande chance.
Être resté dans ma région d’origine n’a pas signifié travailler en vase clos bien au contraire. La recherche sur les procédés haute tension m’a permis de faire partie d’une communauté de chercheurs internationaux, me déplacer très régulièrement pour des congrès ou des mobilités scientifiques et ceci dans plus de 25 pays. Être un chercheur qui agit localement tout en menant des travaux avec des collègues partout dans le monde, c’est vraiment passionnant.
Aujourd’hui je suis fier de ce parcours et de ce que nous avons construit avec les collègues du labo, ce dernier a changé, il a grandi, il est aussi plus visible avec notamment des locaux extraordinaires pour mener nos recherches sur les deux sites.
[ISIFoR] Les sciences ont été une vocation pour toi ?
[Laurent Pécastaing] Pour être exact, j’aimais les disciplines scientifiques quand j’étais lycéen mais si on m’avait demandé à ce moment-là ce que je voulais faire, j’aurais répondu prof de sport. Finalement, les sciences l’ont emporté et c’est très bien comme ça. C’est très bien d’autant que je continue toujours à faire beaucoup de sport et en particulier de la pelote que je pratique depuis mon enfance.
