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2 mars 2026

D’Anglet à New Delhi le projet de Deepanshu Shirole et David Grégoire pour une construction robuste et durable

David Grégoire, Deepanshu Shirole et Marc Luthy

En décembre 2025, sur le campus de l’UPPA à Anglet, nous avons rencontré Deepanshu Shirole, professeur à l’IIT Delhi. Invité par David Grégoire, professeur à l’UPPA, ils ont parlé projets de recherche et le professeur Shirole a présenté ses travaux lors d’une conférence.

Le point commun de ces chercheurs ? Trouver des solutions novatrices pour une construction durable, moins émettrice de CO2 et s’adaptant aux sols instables si nécessaire. Pour se faire, ils explorent, entre Delhi et Anglet, les possibilités qu’offre la technique d’électrodéposition.

Voici, en quelques lignes, ce que proposent les travaux et l’origine de cette collaboration, qui a débuté à l’université Northwestern il y a quelques années.

Quand la matière change d’état : une technique, l’électrodéposition, et une complémentarité
entre chercheurs

Tout commence par une question de survie des infrastructures. Deepanshu Shirole consacre ses recherches aux « sols pauvres ». Ce terme, presque mystérieux, désigne une réalité technique critique : des sols incapables de supporter le poids d’un bâtiment ou de résister aux assauts de la nature (séismes, glissements de terrain, érosion côtière). En Inde, de l’Himalaya aux côtes du Sud, ce défi est immense et bien connu, il résulte de l’étalement des constructions humaines imposant des constructions dans des zones jadis inconstructibles.

Pour répondre à cette problématique, le professeur Shirole utilise une technique innovante en géotechnique : l’électrodéposition.

« C’est un peu comme la galvanoplastie1 que l’on voit au lycée, mais appliquée au sol. On utilise un champ électrique pour faire précipiter des minéraux dans les pores du terrain, créant ainsi une cohésion naturelle en quelques jours, là où la géologie mettrait des siècles », explique-t-il.

C’est ici que le travail de David Grégoire rejoint celui du professeur Shirole. Expert de la physique des milieux poreux, David a longtemps étudié les effets négatifs de la cristallisation (en contexte d’érosion côtière due au sel, ou dans les stockages géologiques de gaz). En croisant leurs approches, une synergie se dessine :

  • l’approche Micro de David : comprendre précisément comment les cristaux se forment et interagissent à l’échelle des pores des roches,
  • l’approche Macro de Deepanshu : tester la résistance globale du sol et son comportement sur le terrain.

Le projet : construire et fixer

L’ambition du duo est de transformer ces avancées en solutions concrètes pour une construction bas-carbone. L’idée phare ? Utiliser la piste des déchets de coquillages comme squelette granulaire et l’électrodéposition comme « colle » naturelle.

Le but est de montrer que l’on peut créer de la cohésion sans aucun gramme de ciment. Si le projet réussit, on pourrait imaginer la création de briques isolantes ou la stabilisation directe de sols destinés à la construction avec une empreinte carbone très faible. Il est également envisagé de lutter directement contre l’érosion côtière en renforçant la cohésion des géo-matériaux spécifiques aux côtes indiennes et aux côtes françaises. Durant ce séjour à Anglet, les premiers tests en laboratoire, réalisés avec Marc Luthy, ont confirmé le potentiel de ce travail et a conforté les 2 chercheurs dans l’idée de poursuivre leur travail commun.

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Processus d’électrodéposition et son impact

Aux origines du projet actuel : une rencontre à l’Université Northwestern

Cette collaboration ne sort pas de nulle part. Elle a germé il y a quelques années à l’Université Northwestern (USA), au sein du Hub New Pores (porté par E2S UPPA). À l’époque, Deepanshu y était chercheur et David professeur invité.

Leur échange actuel prouve l’importance certaine des mobilités scientifiques et des travaux communs qui rapprochent les champs de recherche. Ce projet, qui n’était alors qu’une discussion théorique, s’est transformé en une collaboration formelle entre l’IIT Delhi et l’UPPA. La venue en France de Deepanshu Shirole a d’ailleurs été rendue possible grâce à une bourse de mobilité financée par campus France (SSHN) avec le support du Carnot ISIFoR, qui soutient et encourage de tels échanges.

De Delhi à Anglet : un parcours engagé

Le parcours de Deepanshu Shirole est celui d’un chercheur tourné vers la société. Initialement tenté par le service public en Inde, c’est la rencontre avec un professeur passionné qui l’a poussé vers la recherche pour répondre aux risques géologiques de son pays.

Après son passage aux États-Unis, il est retourné en Inde pour continuer à travailler dans ce domaine. Aujourd’hui, avec David Grégoire, il tisse un lien durable entre Anglet et New Dehli.

La suite ? Une proposition commune pour un projet de recherche franco-indien de grande envergure et, sans aucun doute, de nouveaux allers-retours entre les deux pays pour construire, littéralement, un avenir plus durable.

  1. Processus consistant à utiliser l’électrodéposition pour recouvrir un objet d’une fine couche de métal
  2. Ingénieur d’études sur la plateforme UPPATech G2MP, associée à l’équipe recherche LFCR/MPPM