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15 juin 2026

Projet Pyrsmin : ré-évaluer les gisements de métaux au cœur des Pyrénées

Patrice Baby

Pyrsmin, porté par Patrice Baby (directeur de recherche IRD1 au GET2), se propose de revisiter des gisements métallifères historiques dans les Pyrénées pour mieux en comprendre l’origine et le potentiel. Il aborde la zone ariégeoise afin de dresser une nouvelle typologie de ces gisements, en évaluer la teneur en métaux stratégiques et développer de nouvelles techniques pour extraire ces derniers des résidus d’activités minières anciennes.

Ce projet bénéficie d’un nouveau type de financement du Carnot ISIFoR, il rassemble 3 laboratoires labellisés de notre institut : le GET, le LFCR3 et l’IPREM4. Une synergie entre laboratoires et disciplines pour aborder ce sujet : du bassin sédimentaire jusqu’à l’atome.

Mine de Bentaillou (Pyrénées ariégeoises) (Photo M. Guignes)

D’où vient ce projet ?

L’origine du projet Pyrsmin repose sur la volonté de transposer un concept novateur, éprouvé avec succès à l’autre bout du monde, sur un territoire géographiquement plus proche du GET : les Pyrénées ariégeoises. L’idée découle en effet d’un précédent projet financé par ISIFoR ; nommé Orpet et porté par Gleb Pokrovski au Pérou.

« Au Pérou, ça a marché. C’est un concept assez nouveau. On a montré qu’il y avait une relation importante entre l’or et la matière organique dans les bassins et on pense que ces relations, peuvent s’appliquer à beaucoup de métaux, à beaucoup de types de gisements », explique Patrice Baby.

C’est en échangeant avec Jean-Paul Callot et les équipes de Pau – qui étudiaient déjà des problématiques similaires notamment sur l’uranium – que le projet a pris forme. En constatant la complémentarité de leurs expertises, l’idée de lancer une grande étude interdisciplinaire a pris forme.

Quels sont les objectifs du projet Pyrsmin ?

Pyrsmin se distingue par son approche globale, appliquant le concept de « système minéral » – une méthode utilisée depuis longtemps dans l’exploration pétrolière – qui consiste à étudier les objets géologiques à l’échelle du bassin sédimentaire pour comprendre le déplacement et l’accumulation des fluides.

L’ambition scientifique est claire : revisiter des modèles géologiques pyrénéens qui ont été peu réactualisés depuis les années 1970. Le choix du terrain s’est porté sur l’Ariège, une région riche en anciennes mines de plomb et de zinc dont l’exploitation s’est arrêtée dans les années 1950.

Au-delà de la géologie pure, le projet s’inscrit dans un enjeu européen stratégique : la souveraineté en matières premières critiques. Les anciennes mines ariégeoises recèlent, entre autres, du germanium, un métal critique listé par l’Europe pour sortir de la dépendance chinoise dans les prochaines décennies. Pyrsmin, parmi ses objectifs, cherchera à évaluer si les anciens déchets miniers de ces sites peuvent faire l’objet d’un retraitement viable.

Coupe extraite du Master de M. Guignes (Guignes, 2026).

Le travail mené par Pyrsmin reconsidérera par ailleurs la présence et les potentiels gisements de métaux à l’aune d’une réalité géopolitique et de besoins nouveaux portés par la transition énergétique.

« Il va y avoir du changement dans les modèles géologiques. […] Les données géologiques, sont révisées et on s’aperçoit qu’il y a pas mal de lacunes […], notre « vision géologique » va être différente ».

Du bassin à l’atome : comment le projet se déploie-t-il ?

Le déploiement de Pyrsmin repose sur une synergie étroite entre trois laboratoires (GET, IPREM et LFCR), permettant de couvrir une échelle d’étude allant « du bassin sédimentaire à l’atome ». Le programme se structure en plusieurs volets complémentaires :

  • Un volet géologie structurale et régionale : pour comprendre l’architecture géométrique, l’histoire de la déformation du bassin, la localisation de la matière organique et les chemins de migration des fluides.
  • Un volet expérimental fluide-roche : mené en laboratoire pour analyser les interactions physiques et chimiques complexes.
  • Un volet technologique et d’extraction : localisé à Pau, ce volet s’appuie notamment sur les équipements du LFCR qui permettront de visualiser le comportement des échantillons et d’analyser les possibilités de retraitement des déchets miniers.

Un travail d’ampleur par sa méthode et ses objectifs. Bien que la zone géographique ariégeoise puisse sembler restreinte il y a beaucoup à faire, l’objectif ultime étant de « développer une méthodologie, une vision qui puisse être applicable à d’autres régions en France ou dans le monde ».

Mine de Liat (Val d’Aran) (Photo P. Baby)

  • [1] Institut de recherche pour le développement
  • [2] Géosciences Environnement Toulouse
  • [3] Laboratoire des Fluides Complexes et leurs Réservoirs (UPPA)
  • [4] Institut des Sciences Analytiques et de Physico-Chimie pour l’Environnement et les Matériaux (UPPA)
  • Toutes les citations entre guillemets sont de Patrice Baby